LECTURES - René BARJAVEL - La tempête

Publié le par Cactus

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La "Tempête" de René Barjavel est un roman d'anticipation écrit en 1982 : dans un futur que l'on peut situer au 21° siècle, le monde a atteint un paroxysme tant les conflits géopolitiques sont nombreux. Chaque pays dispose sur terre et dans l'espace d'une nuée de bombes nucléaires qui peuvent être à tout instant balancés dans le pays voisin. Sur fond de risque d'invasion des Etats Unis par une Chine qui déborde d'habitants (on appréciera la vision anticipatrice), un scientifique va mettre au point une molécule qui supprime chez l'être humain toute vélléité bélliqueuse et ramène la paix dans le monde.

Le résultat de la baisse des tensions selon Barjavel est assez surprenant: "Des régimes changèrent sans effusion de sang. Des pays socialistes devinrent capitalistes et inversement. L'Angleterre changea sa dénomination. Le Royaume Uni devint le Royaume soviétique: Sovietic Kingdom. Les communistes étaient au pouvoir mais avaient gardé le roi. Le carosse du couronnement et les Rolls royales furent peints en rouge."

Reste une faille dans cette molécule magique: certains humains y sont résistants et ont conservé leur violence instinctive. Aussi, quand l'un d'eux dénommé Olof, en charge d'un programme de destruction des bombes nucléaires errant dans l'espace et désormais inutiles, se détourne de sa mission initiale pour précipiter les armes restantes contre les habitants de la planète, c'est toute la survie de l'humanité qui est en jeu. Son amour de jeunesse, Judith, devra alors chercher à entrer en contact avec le fou pour le dissuader de mener son projet à terme.

Dans cette parabole assez attendue du triomphe de l'amour sur la noirceur humaine, quelques passages restent savoureux, tel ce croquis de l'absurde du système bureaucratique:

" S'il avait eu assez de sang-froid pour réfléchir, il aurait convenu que les nouveaux bureaux restaient dans la tradition éternelle des bureaux de tous temps et en tout lieu, que les fonctionnaires qui les occupaient comme escargot occupe la coquille devaient emplir des états, écrire des indications dans les blancs des imprimés, en tirer des photocopies, les accrocher avec des trombones, les ranger dans des chemises, établir le dossier complet en sept exemplaires plus un pour le directeur du cabinet du ministre, envoyer les exemplaires dans les bureaux concernés, les faire circuler, les recevoir avec les annotations et les visas, les rectifier, les renvoyer, les empiler à leur retour en attendant le dernier qui n'arrivait pas, les soumettre ensuite au chef de service qui les paraphait et les transmettait à un chef supérieur auquel incombait le visa final."

Publié dans LIVRES

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