ECONOMIE - De la difficulté à prévoir l'imprévisible!
La parole politique est fascinante à écouter. Maîtrise des silences, figures réthoriques: tout y est pour imprimer dans nos cerveaux un message, parfois stéréotypé, parfois convaincant, mais qui vise, pour l'essentiel, à rassurer.
Pourtant, si l'on reprend cette parole pour la confronter à la réalité, le constat doit être fait qu'il est difficile de prévoir l'avenir économique.
Suivre le CAC 40 est intéressant: c'est un peu comme consulter le bulletin météo avant une sortie en voilier...On peut s'en passer mais ce serait suicidaire de sortir si un force 7 est annoncé, non?
Entre 2007 et aujourd'hui, dans un contexte où le CAC 40 a perdu en quelques mois près de 60%, la Ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi, Christine LAGARDE, que l'on ne peut soupçonner de livrer sa vision de l'état du pays sans une batterie d'indicateurs et de rapports circonstanciés, a ainsi été pas mal de fois...à côté de la plaque.
Mais a-t-elle le choix?
Peut-on imaginer un jour qu’un responsable politique parle en ces termes?
« Mes chers compatriotes. La situation est gravissime et la chute des marchés financiers illustre notre incapacité à endiguer l’enfoncement inéluctable de la France dans une récession qui va se transformer dans les mois à venir en dépression. Les errements collectifs passés nous ont conduit dans une impasse et malgré ma volonté de sortir le pays de cette ornière, les compétences et la formation de mes conseillers ne nous permettront pas d'entrevoir une sortie de crise avant 2025. Pour les années à venir, l’Etat ne pourra en effet pas grand-chose mais s’efforcera constamment de démontrer l’inverse afin que ma réélection soit assurée à la fin de la prochaine échéance électorale".
Non. C’est inimaginable…et ce décalage résume le rôle du politicien, chargé non pas de conduire une politique, mais de rassurer l’opinion publique et de suivre les mouvements collectifs en donnant l’impression qu’il les a précédés.
Ce qui est difficilement concevable, c'est qu'il n'y a strictement aucune décision politique derrière l'effondrement ou la reprise des indices boursiers entre 2007 et aujourd'hui...Aucune décision politique, juste un agrégat de comportements individuels qui se transforme en comportement de foule.
Mais rien n‘est nouveau en 2010. Les manipulateurs d’opinion ont toujours existé. Ainsi, cet extrait de l’Histoire des faits économiques contemporains, de Marcel Niveau :
« La fameuse société économique de Harvard qui avait prédit une récession dès le début de 1929 montra plus d’optimisme à la suite du krach boursier d’octobre. Le 2 novembre, elle affirme que « la récession actuelle de la Bourse et des affaires n’est pas un signe précurseur d’une dépression ». Le 10 novembre, un nouveau communiqué déclare qu’une « dépression aussi sérieuse que celle de 1920-1921 paraît improbable ». Le 21 décembre 1929 la même société savante estime que « la reprise aura lieu au printemps et s’affermira encore à l’automne » ; le 1er mars 1930: "l'activité manufacturière, si l'on en juge d'après les dépressions antérieures, est maintenant, et de façon définitive, sur la route de la reprise". La société continua sans désemparer à commettre erreur sur erreur jusqu'au communiqué final du 31 octobre 1931: "la stabilisation est nettement possible au niveau actuel de la dépression". Après quoi, la société fut dissoute.
Du passé et des crises vécues par les anciens, on peut tirer l’enseignement qu’il faut prendre les propos des « spécialistes» en tous genres (économistes, politiques ou journalistes) pour ce qu’ils sont: des éléments psychologiques qui rassurent et contribuent à ne pas semer une panique collective dont les effets pourraient être plus dévastateurs que la manipulation de la vérité.